Victoire sur la réforme du concours !

Le Conseil de Direction s’est engagé, ce lundi 19 octobre, à avancer le concours à fin juin (entre les épreuves et les résultats du bac) ainsi qu’à organiser des sessions d’examen en province. Le contenu des épreuves sera en outre rapproché des épreuves du Bac et un oral sera organisé à titre expérimental pour 300 étudiants. L’UNEF a apporté son soutien à cette réforme, qui vient couronner avec succès sa campagne pour une réduction des biais sociaux à l’entrée de Sciences Po.

Cela fait des années que l’UNEF défend la nécessité d’une réforme du concours d’entrée en première année qui, dans sa forme actuelle, est porteur des biais sociaux importants, comme l’a montrée l’enquête de Vincent Tiberj, chercheur au CEVIPOF. Cela génère un phénomène de reproduction sociale qui n’est pas acceptable. C’est cette exigence de justice sociale que nous avons voulu placer au coeur des débats sur la réforme des procédures d’admission, tout particulièrement ces dernières semaines. La résolution adoptée ce matin en Conseil de Direction vient acter officiellement une série de mesures que l’UNEF appelle de ses veux depuis plusieurs années.

Tout d’abord l’avancement du concours à la fin du mois de juin, entre les épreuves et les résultats du bac. Ce changement de calendrier permettra de couper l’herbe sous le pied aux très onéreuses prépas privées, actuellement responsables d’un inquiétant phénomène de sélection par l’argent. D’autre part, la réforme ne se cantonne pas à un simple changement de calendrier, ce dont l’UNEF se félicite. Parce que nous somme conscients qu’un simple avancement de la date des épreuves ne suffira pas à éliminer le phénomène des prépas privées (qui se reporteront probablement sur les vacances de février, de Pâques, ou se transformeront en prépas à l’année sous la forme de cours du soir), nous avons également insisté sur la nécessité de rapprocher le contenu des épreuves du programme du Bac, en cohérence avec le nouveau calendrier. Nous avons de toute évidence été entendus, puisque le Conseil de Direction s’est engagé aujourd’hui à modifier le contenu des épreuves. Ainsi, la résolution adoptée prévoit qu’ un sujet sur 3 de l’épreuve d’histoire portera sur le programme du bac (après 1945) et que l’épreuve sur documents sera transformée en une épreuve au choix selon les filières. Nous avons également obtenu satisfaction sur la mise en place de centres d’examen en région (la résolution adoptée ce matin prévoit d’organiser des sessions du concours dans 3 sites délocalisés de Sciences Po dès 2010 et d’étudier une extension à d’autres lieux pour les années suivantes). Cela permettra de réduire les effets d’autocensure et les inégalités territoriales générées par le coût du concours (nécessité de s’acquitter des frais de dossier mais surtout de se déplacer à Paris et d’y passer une nuit). Enfin, la direction s’achemine vers la mise en place d’un oral comme seconde étape de la procédure d’admission. A l’UNEF, cela fait des années que nous défendons un modèle de sélection en deux étapes (admission/admissibilité), qui permettrait de réduire mécaniquement les biais sociaux. En effet l’enquête du CEVIPOF montre que le meilleur moyen de diminuer les biais sociaux est de diminuer le ratio nombre d’admis / nombre de candidats. Or organiser une seconde phase de sélection implique une hausse du taux d’admissibilité concernant les épreuves écrites et donne alors davantage de chances aux candidats issus de catégories socio-professionelles défavorisées de faire leurs preuves. Ainsi un concours se déroulant en deux phrases de sélection sera bien plus juste socialement. La résolution adoptée ce matin prévoit la mise en oeuvre d’un oral pour les 300 candidats « à la limite » (150 sur la procédure Mention Très Bien, 150 sur les résultats du concours d’entrée). L’UNEF s’en félicite et souhaite une généralisation de cette procédure dans les années qui viennent.
Cette réforme constitue donc une avancée significative qui témoigne de l’efficacité de la mobilisation des élus et des militants UNEF autour de la question du concours. Par notre force de conviction et de mobilisation, nous avons su imposer notre grille de lecture – le refus des biais sociaux – et peser substantiellement sur les termes de cette réforme. Pour autant, notre combat pour la démocratisation du concours d’entrée ne doit pas s’arrêter là. Les modifications des épreuves décidées en Conseil de Direction  sont insuffisantes au regard de l’ampleur des biais sociaux. Nos élus en Conseil de Direction ont demandé que soit acté immédiatement le principe d’un meilleur encadrement de l’épreuve de Culture Générale, par une bibliographie voire des concepts-clés. A moyens financiers constants, cette mesure permettrait de donner à tous les lycéens, quel que soit leur capital culturel, les moyens de préparer l’épreuve dans de bonnes conditions. A plus long terme, nous souhaitons notamment obtenir le regroupement des épreuves sur une seule journée (afin d’épargner aux plus défavorisés le coût de l’hébergement sur le lieu d’examen), ou réduire le coefficient de l’épreuve de langue (la maîtrise d’une langue étrangère étant une compétence à la fois indispensable à l’entrée de Sciences Po et l’épreuve la plus discriminante socialement au concours d’entrée, nous proposons de rendre l’épreuve de langue « neutre » et l’affectant d’un coefficient 0, tout en maintenant la note éliminatoire.

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