Contre la sélection en master : signez la lettre ouverte !

=> Signez la pétition en ligne ici.

A l’attention de : Monsieur le Directeur,

A la suite du rassemblement étudiant du jeudi 15 avril 2010, un mouvement contre la sélection en Master s’est constitué afin et de relayer les profondes inquiétudes des étudiants quant à l’avenir de leur formation.
En effet, choqués par la sélection antiréglementaire pratiquée à l’Ecole de la Communication l’été dernier, nous sommes aujourd’hui consternés de constater que cette année encore vous reproduisez cette pratique injuste et arbitraire. A l’heure où vous envisagez de transformer tous les masters en écoles, doit-on craindre l’introductiond’une sélection à l’entrée de chacune d’entre elles ? Qu’en sera-t-il par exemple pour l’école des Affaires Internationales dont vous prévoyez la mise en place à la rentrée, sans même en avoir touché un mot aux conseils de l’IEP ?

Vous avez d’ores et déjà décidé d’en supprimer deux filières, (Droit international, Economie du développement international) sans aucun vote dans aucun conseil, et vous utilisez les entretiens téléphoniques pour dis-suader les étudiants de s’inscrire dans ce Master. Cette dérive est à nos yeux d’autant plus intolérable qu’elle n’est pas assumée. Vous privez consciemment les étudiants d’informations nécessaires à leur orientation, et niez les prérogatives décisionnelles des élus en matière de pédagogie.

Depuis la suppression du Master Management de la Culture et des Médias, vous adoptez une position dogmatique face aux prétendus problèmes d’insertion professionnelle. « Sélectionner ou périr », tel est votre mot d’ordre. Pourtant, comme le démontre l’enquête jeunes diplômés publiée récemment, « 94% des diplômés ayant décidé d’entrer dans la vie professionnelle ont une activité professionnelle un an après la diplômation ». Même parmi les diplômés du Master Affaires Internationales, réputé peu rentable sur le marché du travail – et pour lequel vous ne cachez pas vos projets de sélection – vous mentionnez vous-même que « deux ans après l’obtention du diplôme, la plupart [des étudiants] auront trouvé l’emploi qu’ils souhaitent. Ainsi seuls 6 des diplômés 2007 déclarent à ce jour être à la recherche d’emploi. »
Ces résultats, même s’ils peuvent toujours être améliorés, restent plus que satisfaisants, et ce n’est en aucun cas une sélection selon une logique « court-termiste » qui permettra une insertion de qualité et durable.

L’amélioration de l’orientation et l’élargissement de l’éventail des débouchés par une refonte de la pédagogie sont les seules solutions qui permettront de conjuguer l’autonomie et la motivation des étudiants avec l’impératif de professionnalisation.

Jusqu’alors la formation pluridisciplinaire de Sciences Po nous permettait d’élargir nos débouchés sur le marché du travail. Or, votre volonté d’adéquation entre les écoles et les rigidités à court terme du marché l’emploi nous enferme dans des filières de plus en plus sur-spécialisées. Quand comprendrez-vous qu’une spécialisation trop poussée des Masters conduit inévitablement à une insertion professionnelle limitée ? Aussi nous demandons une étude approfondie des maquettes pédagogiques pour pouvoir les améliorer en ce sens.

L’orientation est l’autre aspect fondamental de la réussite en Master et dans la vie profes-
sionnelle. Mais lorsque vous faites disparaître des filières au moment des inscriptions de master, lorsque vous supprimez la phase qui permettait aux étudiants de 3ème année de prédéfinir leur choix avant leur inscription définitive, croyez-vous vraiment favoriser l’orientation à Sciences Po ?! Par ailleurs, vous avancez régulièrement l’argument de la motivation des étudiants pour s’engager dans un master.

Pourquoi dès lors souhaitez-vous inscrire des étudiants dans un Master qu’ils n’ont pas choisi et pour lequel ils ne sont pas motivés ? Pourquoi leur refuser l’opportunité de faire leurs preuves dans la filière de leur souhait ? Sans même parler de l’opacité et de l’absurdité des critères de sélection utilisés (stage en 3A, « expérience pro » en premier cycle etc.).

Enfin, votre obstination et votre entêtement vont à l’encontre de la démocratie étudiante. Nous avons massivement voté contre la sélection en Master lors des élections syndicales de février, et vous restez pourtant sourds à notre suffrage. Devons-nous vous rappeler que les étudiants sont les premiers concernés par cette question ? Au-delà de notre master, c’est de notre avenir qu’il s’agit. Le déni de démocratie dontvous faites preuve vide les élections de leur sens. A quoi bon nous déplacer aux urnes si vous restez indifférents à nos demandes et à nos attentes ? A quoi bon élire des représentants s’ils n’ont aucun poids dans les processus de décision et qu’ils n’ont pas leur mot dire dans les grandes orientations de l’établissement ?

Nous vous demandons par cette lettre de renoncer à vos projets sélectifs, de ne pas introduire de barrières supplémentaires à l’entrée en Master. Nous refusons de voir l’école de la Communication ou toute autre future école devenir sélective, au risque de perdre la cohérence et la lisibilité de notre formation. Nous aspirons à l’autonomie dans nos choix de masters, à une orientation éclairée et à une pédagogie solide et pluridisciplinaire permettant des débouchés professionnels étendus. La sélection ne peut en rien améliorer ni garantir l’insertion professionnelle. Tout juste peut-elle sacrifier nos projets, nos choix de master et notre avenir.

Ce n’est pas notre volonté, ce n’est pas notre choix.
Dans l’attente d’une réponse à nos requêtes et revendications,

Nous vous prions de croire, Monsieur le Directeur, en l’expression de nos sentiments distingués,

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