Redoublements, mais encore ?

Dans un article récent, lapéniche.net, « le journal des étudiants de Sciences Po » s’interroge
 sur la hausse observée des redoublements en première année. Un phénomène qui, selon elle, révèle 
un défaut dans les procédures de sélection. Le raisonnement est simple : la capacité des étudiants 
à suivre le rythme du cursus dépendrait directement de la dureté de la sélection à l’entrée, et 
l’augmentation récente de la taille des promotions entrainerait une insidieuse baisse de niveau.

 Cette « baisse de niveau », dont le spectre est brandi à chaque réforme des procédures d’admission,
 est de plus en plus déplorée par les tenants du malthusianisme à l’entrée de l’IEP. Elle nous semble 
pourtant relever du pur fantasme, et ce pour plusieurs raisons :

– L’augmentation des effectifs s’accompagne d’une augmentation tout aussi forte du nombre de
 candidats à l’entrée, de sorte que le taux de sélection dans les différentes procédures d’admission
reste à peu près stable. Il n’est donc pas « plus facile » de rentrer à Sciences Po aujourd’hui qu’il ne 
l’était il y a cinq ans.

– Les procédures d’admission telles qu’elles existent actuellement, et en particulier le concours,
ne sélectionnent pas uniquement les étudiants sur leur capacité à suivre les cours et à « tenir 
le rythme » du Collège Universitaire. Il ne fait aucun doute qu’une majorité, voire la plupart, des
 candidats à l’entrée ont la capacité de suivre un cursus qui n’est pas réputé pour sa difficulté, ni
d’ailleurs pour l’intensité de sa charge de travail. 

La Péniche.net ajoute fort justement que le redoublement était traditionnellement – et demeure – 
beaucoup moins important à Sciences Po qu’à l’université… Ce qu’elle explique par l’existence d’une
 sélection à l’entrée ! Ce raccourci fallacieux semble oublier le fossé qui existe aujourd’hui entre nos
 conditions d’études et celles qui prévalent à l’université. Un étudiant de Sciences Po coûte presque
deux fois plus cher à l’Etat qu’un étudiant à l’université, ce qui lui permet notamment de bénéficier
d’un taux d’encadrement très supérieur, facteur propice à sa réussite.

 Ainsi, pour l’UNEF, l’administration de Sciences Po doit tout mettre en œuvre pour garantir
 la réussite de tous… Mais la poursuite de cet objectif ne saurait passer par un durcissement
 de la sélection à l’entrée, qui serait non seulement inefficace mais également injuste puisqu’il
 accentuerait mécaniquement les biais sociaux. En revanche, comme le suggère très bien l’article, il serait pertinent d’engager une réflexion sur les 
méthodes pédagogiques et les modalités de contrôle de connaissance, afin d’éviter décrochages et
effets « couperet » parfois arbitraires de la notation. C’est ce que défend l’UNEF depuis plusieurs
 années déjà. Systématisation des rattrapages,
 double correction des copies dont la note est inférieure à la moyenne, transparence des critères
 d’harmonisation, compensation semestrielle des crédits : de nombreuses avancées restent à
obtenir !

6 commentaires sur “Redoublements, mais encore ?”

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