Les étudiants des sites délocalisés encore pénalisés

La direction de Sciences-Po a élaboré une nouvelle charte d’affectation des étudiants en 3ème année. Ce document, définissant les conditions dans lesquelles les étudiants peuvent demander leurs destinations de 3A et comment ils sont répartis est une attaque de plus envers les droits des étudiants des campus délocalisés de Sciences-Po.

La situation antérieure :

Jusqu’à cette nouvelle charte, les étudiants des campus délocalisés, au nombre de 6, dédiés spécifiquement à l’étude d’une zone géographique du monde, étaient déjà défavorisés par rapport à leurs homologues parisiens.

En effet, ils étaient placés sur un pied d’égalité par la DAIE pour l’affectation en 3A dans leur propre zone géographique (un étudiant de Poitiers et un de Paris avaient les mêmes chances de partir en Amérique Latine, par exemple), mais ils étaient défavorisés pour partir hors de cette zone. Ainsi, ils subissaient la concurrence des étudiants du campus de Paris pour les universités de leurs zones tout en voyant très réduites leurs chances de partir hors de celles-ci.

Devant cette situation, l’UNEF s’était déjà fait l’écho des griefs des campus et avait interpelé à maintes reprises la direction pour modifier la charte.

La nouvelle situation

Le projet de nouvelle charte d’affectation a donc été présenté aux représentants étudiants en groupe de travail cette semaine.

Le projet prévoit que les étudiants des sites délocalisés ne puissent plus du tout partir dans leur zone géographique s’ils en sont originaires, à moins d’y apprendre une nouvelle langue. Sinon, ils doivent partir en Europe.

A l’inverse, les étudiants non-originaires de la zone étudiée doivent y partir.

Cette charte pose bien des problèmes.

La restriction de langue est dramatique pour bien des étudiants, notamment pour le site de Poitiers, étant donnée l’unité linguistique (hors Brésil) de l’Amérique Latine.

Dans les faits, cette charte force les étudiants Latino-Américains de Poitiers à choisir entre le Brésil ou l’Europe. Cette restriction est absurde. Quelle unité culturelle y a-t-il entre Mexique et Chili ? Qu’est-ce qu’un Vénézuélien sait du sud de l’Argentine ? Cette charte amalgame des zones géographiques entières.

A l’inverse, les étudiants nord-américains de Reims se voient interdits le départ en Amérique du Nord.

Alors même que cette charte invoque pour se justifier la cohérence de la démarche, c’est à un résultat incohérent qu’elle aboutit !

Les premiers cycles délocalisés de Sciences-Po sont construits autour de l’étude d’une zone géographique particulière et doivent avoir comme point d’orgue la possibilité de passer la3A dans la zone en question. En réduisant ainsi les possibilités de le faire, la direction de Sciences-Po nie l’intérêt de la 3A dans la construction du projet de l’étudiant. Quel intérêt d’étudier l’Amérique du Nord sans pouvoir y passer sa 3A ?

Qui plus est, pourquoi ne pas ouvrir la possibilité aux étudiants des sites délocalisés de partir hors d’Europe ? Ces étudiants ayant passé au moins 2 ans en France, ils doivent être accoutumés à la vie en Europe. Ainsi, la logique de la réforme (permettre des échanges culturels entre continents) ne tient pas !

Pourquoi y aurait-il des différences culturelles entre pays européens justifiant de partir en Europe en 3A alors qu’il n’y en aurait moins ou pas dans d’autres régions du monde ?

Pourquoi ces étudiants ne pourraient-ils pas partir aux Etats-Unis, par exemple ? Cela démontre toute l’absurdité de la réforme.

Qui plus est, cette réforme présente le double risque d’accroitre la concurrence pour les places européennes et de tarir les demandes pour les régions des sites délocalisés. En effet, les étudiants des campus constituent le gros des demandes pour leur zone géographique. Avec les restrictions les touchant, il est à craindre que le nombre de demandes pour ces zones diminue, et ainsi que les partenariats internationaux de Sciences-Po ne perdent de leur intérêt.

En effet, alors même que ces partenariats, très développés avec l’Europe et l’Amérique du Nord, le sont peu avec les autres régions du monde, cette réforme va tendre à aggraver le problème.

Enfin, cette réforme cache une volonté pour Sciences-Po de faire des économies en aide à la mobilité. Profitant du cadre de mobilité Erasmus-Socrates, les départs en Europe permettraient aux étudiants de toucher une bourse Erasmus, ce qui permettrait à Sciences-Po d’économiser ces aides sur ses fonds d’aide à la mobilité internationale.

Déjà pris pour cible par le système injuste des frais d’inscription qui assujettit les étudiants non-Européens aux frais d’inscription maximum sans prendre en compte leur revenu, les étudiants des sites délocalisés sont encore une fois bafoués par la réforme !

Fidèle à ses engagements en faveur des étudiants de Sciences-Po, vigilante au respect des droits des étudiants des campus délocalisés, l’UNEF a dénoncé les errements de cette réforme dès le groupe de travail et continuera à les combattre.

L’UNEF exige l’égalité entre les étudiants de tous les campus ! Nous réclamons la possibilité pour les étudiants des sites délocalisés de partir dans la destination de leur choix en 3A, sans restriction, au même titre qu’un étudiant du campus de Paris !

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