Lettre ouverte des étudiants et chercheurs de l’Ecole Doctorale

Mardi 7 décembre, les étudiants du Master recherche, réunis en Assemblée Générale, ont rédigé la lettre suivante afin d’adresser à la direction leurs doutes et leurs inquiétudes quant au programme dans lequel ils se sont engagés. L’UNEF soutient bien évidemment leur démarche, et attend une réponse claire sur le financement de la recherche à l’IEP.

 

Lettre ouverte à l’administration de l’École Doctorale de Sciences Po.

Madame, Monsieur,

En 2009, année de sa création dans le cadre du projet Sciences Po-2013, la nouvelle École Doctorale se donnait pour but de revaloriser la recherche au sein de notre établissement en offrant un parcours ambitieux pour ses étudiants. À peine deux ans plus tard, mais alors que deux promotions ont déjà vu le jour, elle présente malheureusement quelques incohérences et imprécisions par rapport au projet original, que nous souhaitons exposer ici dans l’attente d’une clarification et d’une levée de nos inquiétudes.

Les programmes pédagogiques présentant les parcours doctoraux à Sciences Po font ont toujours fait état d’un « cursus unique de cinq ans ». C’est toujours cette formule qui figure à la fois dans les présentations du site internet de l’École doctorale et dans la Charte des thèses : les deux années de master semblaient bel et bien être liées à la thèse, dans un nouveau « parcours intégré » réformant profondément l’organisation de la scolarité en recherche. Cette formule en cinq ans a été rappelée aux candidats au programme à de nombreuses reprises avant l’entrée en master recherche, (notamment lors de la réunion d’information solennelle). Si elle en avait fait hésiter beaucoup, et peut-être renoncer plus d’un, ceux qui l’ont choisie se sont donc vraiment engagés dans le parcours recherche à Sciences Po, se projetant au-delà du master.

Or, force est de constater qu’aujourd’hui le programme doctoral n’est plus présenté de la même façon. La Charte des thèses, diffusée aux étudiants au début de l’année pour signature, précise en effet, contrairement à tout ce qui nous avait été dit avant notre entrée dans le programme, que le passage du master à la thèse est « subordonné à l’excellence du dossier (particulièrement du projet de thèse, du mémoire de master, etc.) ». Bien que nous affirmions, aux côtés de l’établissement et de sa politique, notre attachement à l’excellence académique, nous souhaiterions toutefois que cette importante ambiguïté de langage dans les programmes soit levée par l’administration de l’École doctorale. S’agit-il toujours d’un « cursus unique en cinq ans » comme on le présente encore ? Ou plutôt d’une scolarité en deux parties, le passage de l’une à l’autre étant conditionné par certains paramètres « d’excellence », donc nécessairement par une sélection des étudiants, comme le mentionne la Charte des thèses ? Il semblerait alors légitime de reposer la question de la valeur ajoutée de l’École Doctorale par rapport aux anciens masters de recherche, notamment eu égard à la suppression de ces derniers et leur remplacement par un incertain et obscur « diplôme de Sciences Po ». La clarification de ce point nous apparaît essentielle, que nous ayons signé ou non la Charte des thèses.

À ce flou quant à la forme véritable du parcours recherche s’ajoute le problème des financements bien trop faibles au vu des ambitions scientifiques affichées par Sciences Po. L’autre promesse, ambitieuse certes, faite au moment de la création de l’École doctorale, est celle d’un accès plus large aux allocations de recherches. La sélection en master devait, en toute logique, permettre de mettre en adéquation la taille de chaque promotion avec le nombre d’allocations disponibles. L’annonce de la raréfaction des financements pris en charge par Sciences Po dès les premiers jours d’intégration au sein de nos masters, ainsi que le combat incessant des responsables de programmes pour trouver des fonds alternatifs auprès d’autres acteurs, sonne comme un autre aveu d’échec des promesses de la nouvelle École Doctorale. En outre, la Charte des thèses ne fait mention de financements qu’en termes elliptiques : « [Les directeurs de thèse] informent le doctorant des ressources disponibles pour la préparation de sa thèse ».

Face à un tel contexte et aux interrogations qui demeurent, de nombreux étudiants, pourtant motivés par la recherche scientifique en sciences humaines, et d’ores et déjà engagés dans les programmes de l’École, s’interrogent légitimement quant à l’avenir du parcours doctoral « recherche » de Sciences Po. Cette inquiétude collective s’associe à une incompréhension quant aux choix stratégiques de l’établissement, qui à nos yeux aurait beaucoup à gagner à donner une vraie place à la recherche.

Certains que l’école doctorale, et Sciences Po en général, saura tenir ses engagements auprès de ses étudiants, nous souhaitons vous rencontrer afin de résoudre au plus vite ces problèmes de financements, et plus généralement vous proposer des modifications concernant la maquette pédagogique.

Dans l’attente de réponses de la part de l’administration, nous vous prions d’accepter, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Les étudiants et chercheurs de l’École doctorale signataires.

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