Succession de Richard Descoings : où en est-on ?

En cet été mouvementé, alors que la succession de Richard Descoings fait jaser dans les journaux et les universités, un point d’étape nous paraît nécessaire. Comme vous le savez peut-être, le vice-président étudiant (UNEF) du Conseil de direction de Sciences Po (Arnaud Bontemps) participe à l’un des deux comités d’instruction des candidatures du/de la futur(e) directeur-administrateur/trice de l’IEP. A ce titre nous estimons important de vous informer sur une étape probablement déterminante pour nos prochaines années d’études.

La succession à la tête de Sciences Po, comment ça marche ?

L’objectif affiché de la procédure est de désigner une personne qui exercerait à la fois les fonctions de directeur de l’IEP et d’administrateur de la FNSP (Fondation Nationale des Sciences Politiques). Pour cela le Conseil de direction (CD) de l’IEP et le Conseil d’Administration (CA) de la FNSP ont chacun mis en place un comité d’instruction des candidatures. Le comité du CD est composé d’un étudiant, d’enseignants et chercheurs à Sciences Po, alors que les 8 membres du comité du CA sont des personnalités extérieures à l’IEP.

Les comités fonctionnent indépendamment l’un de l’autre, selon des procédures élaborées au fur et à mesure (comme nous le souhaitions, le comité du CD a par exemple procédé à des auditions collectives des candidats, celui du CA ne l’a pas fait), avec pour toute coordination les discussions entre M. Pébereau, président du CD, et JM. Casanova, président du CA de la FNSP. Ce sont ces deux personnes qui, in fine, proposeront pour validation aux conseils élus (CD et CA) une seule candidature. Les conseils proposeront ensuite au Président de la République et au Premier Ministre la nomination de la personnalité choisie.

Les comités se réuniront encore à la rentrée, en vue d’une désignation annoncée comme « le plus tôt possible ». Aujourd’hui quatre candidats ont des chances particulièrement sérieuses : Gilles Andréani (magistrat à la Cour des Comptes), Jean-Michel Blanquer (directeur général de l’enseignement scolaire), Hervé Crès (administrateur provisoire de l’IEP) et Dominique Reynié (directeur général de la Fondation pour l’Innovation politique). La désignation se fera après le vote des conseils, et nous espérons que la volonté de faire vite leur laissera tout de même le temps de la réflexion. Aujourd’hui, on ne peut prévoir ni la date ni la manière dont seraient rendus les avis des comités (si avis il y a !).

Une procédure peu transparente

L’UNEF n’a jamais fait un mystère de sa volonté de voir les conseils délibérer sur le nom du ou de la futur(e) directeur(trice), afin de mettre la démocratie et la transparence au coeur de la procédure. Malheureusement, comme vous l’avez compris, les conseils se contenteront d’entériner (ou non) la décision des deux présidents. La coordination entre les comités est également le fait de leurs seuls présidents, alors qu’une réunion collective des comités pour avis final aurait été souhaitable, mais sur ce point non plus nous n’avons pas été entendus.

La mise en place d’auditions a été un élément très positif du comité du CD, afin de pouvoir examiner autrement que via des bouts de papiers certaines candidatures parmi les plus intéressantes. Un des points sur lesquels nous pourrions aller plus loin serait la communication aux comités du pré-rapport que la Cour des Comptes a adressé à Sciences Po à la mi-juillet. La cour a en effet rendu (de manière confidentielle) les conclusions provisoires de son audit sur la période de 2005 à 2010, ce qui a pour l’instant fait grand bruit bien que personne ne sache réellement ce que contient ce dossier. Il nous semble important que les comités rendent leur avis en connaissance a minima de ce pré-rapport, et que les conseils de direction et d’administration ne se prononcent qu’après la publication définitive du rapport et des réponses qui y seront apportées par Sciences Po : il est nécessaire de pouvoir, le cas échéant, en tirer des enseignements, dans quelque sens que ce soit.

Quels objectifs se sont donnés l’UNEF et ses représentants dans le processus de désignation ?

Notre rôle est d’abord de faire en sorte que la procédure se déroule de manière transparente. Seule une procédure démocratique permettra aux différents représentants d’exprimer leurs points de vue et de participer pleinement à la décision.

En tant qu’étudiants, il nous faut mettre en avant les préoccupations qui sont les nôtres. Il est à peu près admis que notre perspective et notre conception de Sciences Po et de ses évolutions souhaitables n’est pas la même que celle de la plupart des représentants des grands corps d’Etat ou d’anciens grands patrons présents dans le comité du CA.

Cette participation au comité du CD doit donc nous permettre de faire en sorte que les étudiants ne soient pas oubliés des débats sur l’avenir de Sciences Po, qui doit rester avant tout un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche. Leur considération doit être au coeur des projets présentés. Nous n’hésitons pas à interpeller les candidats sur ces questions, et n’oublierons pas leurs engagements.

Quelles sont les priorités à mettre en avant dans ce contexte ?

La première de ces priorités se place dans la continuité de notre demande de transparence dans la procédure de désignation, et concerne la démocratie à l’IEP et le fonctionnement de ses institutions. Les étudiants sont par exemple toujours absents du CA de la FNSP, qui prend pourtant des décisions déterminantes pour l’établissement. Il est nécessaire que le futur directeur affirme sa volonté d’exercer son mandat dans la démocratie, notamment étudiante, le dialogue et la concertation.

Il nous semble ensuite important que l’effort d’ouverture sociale soit amplifié. Alors que le succès des CEP n’est plus contesté aujourd’hui, il faudra continuer à rendre chacune des procédures d’admission moins discriminantes socialement, afin de démocratiser Sciences Po. Cela passe également par une révision de la politique de frais d’inscription, qui ont pris ces dernières années des proportions démesurées. Il n’est plus possible de faire dépendre le financement de Sciences Po sur des étudiants payant d’importants frais de scolarité : cela représente, entre autres, un obstacle considérable à la démocratisation et à l’autonomie de ces étudiants.

Plus largement, c’est la question de nos conditions d’études qui est en jeu, et il faudra veiller à ce que tous les étudiants continuent de bénéficier d’un enseignement diversifié et de qualité, du premier cycle au doctorat. Nous devons ainsi faire attention à ce que le contenu des enseignements et le nombre d’étudiants par filière ne soient pas adaptés, dans une vision court-termiste, aux besoins immédiats du marché de l’emploi.

De manière plus générale, nous serons vigilants quant à la vision qui sera portée par les candidats sur Sciences Po et sa place dans le système universitaire. L’internationalisation, souhaitable, ne doit pas nous couper des réalités du monde universitaire français, de ses partenariats et d’un modèle reposant sur les exigences fondamentales (qui ne demandent bien sûr qu’à être renforcées !) de démocratie et d’ouverture qui sont celles du service public d’enseignement supérieur.

Quelles sont les perspectives pour l’IEP, au vu des projets des candidats ?

Au sein des 24 projets qui ont été soumis aux comités de candidature, peu de différences flagrantes de vision pour l’IEP existent, ce qui rend la décision d’autant plus complexe. De manière assez générale, les objectifs de renforcement des liens entre enseignement et recherche, de « rationalisation » de la gestion (parfois un peu floue, parfois assez drastique), de développement à l’international et d’ouverture sociale sont très largement réaffirmés.

La question de la gouvernance a été mise au coeur du débat par la Cour des comptes, mais ne semble pas être l’objet d’une grande volonté politique de la part des candidats, au delà d’une prise de conscience positive mais encore peu concrète des limites actuelles de la « gouvernance » et de la démocratie à Sciences Po.

La gestion financière de Sciences Po sera très probablement un peu plus complexe durant les prochaines années que ce qu’elle a été jusqu’à présent. L’heure est de ce point de vue plutôt à une politique de stabilisation (effectifs, réformes) que de développement outrancier. Le maintien des financements publics attribués à l’IEP sera primordial, et le développement de la formation continue et du fundraising sont des « solutions » financières qui, si elles restent limitées dans le montant que l’on pourrait en attendre, sont, d’un avis largement partagé par les candidats, amenées à se développer.

Une de nos grandes préoccupations de ce point de vue est que les étudiants ne fassent pas les frais d’une mauvaise gestion via une augmentation des frais de scolarité ou une diminution des aides sociales. Il est nécessaire de poser dès maintenant des gardes-fous dans ces débats, et que les prétendants à la direction de Sciences Po prennent conscience que la volonté d’ouverture sociale, tellement affirmée, devra passer par des engagements concrets.

Enfin, la coordination de notre université avec le reste de l’enseignement supérieur français et sa démocratisation sont des points sur lesquels peu de réponses concrètes ont déjà été apportées. Un îlot isolé de son entourage universitaire ne pourrait se maintenir à flots, et le renforcement des partenariats scientifiques et des échanges avec les universités sont de bons moyens de faire évoluer le « modèle » de l’IEP. L’on entend souvent souhaiter que Sciences Po « inspire » l’université française de ses réussites : mais cela ne se fera de manière bénéfique que si l’IEP lui-même fait une place grandissante, en son sein, à la démocratie et à la justice sociale.

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