Election de Frédéric Mion : et maintenant?

Ces dernières semaines, l’UNEF, à la fois dans le cadre des conseils et à Sciences Po, a été particulièrement active sur la question de la procédure de sélection d’un nouveau directeur. Nous souhaitons revenir sur les différents évènements qui ont balisés la fin de ce processus et la stratégie syndicale que nous souhaitons adopter dans ce nouveau contexte.


Alerter la direction et informer les étudiants en assemblée générale

Mercredi 27 février, l’UNEF a appelé à une assemblée générale en amphithéâtre Emile Boutmy. Le mot d’ordre de cette AG portait sur la procédure de nomination d’un nouveau directeur, jugée verrouillée et antidémocratique, et visait à montrer la volonté des organisations étudiantes de l’IEP de voir un débat public organisé entre les candidats à la direction de Sciences Po.

Lors de cette assemblée générale, l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), le Mét (Mouvement des Etudiants), Solidaires Etudiant, la CGT et le SNCS (Syndicat National des Chercheurs Scientifiques) ont rappelé leur déception et leur colère vis-à-vis de cette nouvelle procédure de nomination d’un nouveau directeur qui n’avait rien de transparente, puisque le comité de recherche avait fait ses travaux dans la plus grande opacité, sans transmettre ses remarques aux élus et en délivrant une liste de trois noms. Une procédure qui n’avait rien non plus de démocratique puisque les conseils ont été appelés à voter sur ces trois noms, sans disposer des dossiers des 32 candidats pour prendre leur décision en connaissance de l’ensemble des projets entre lesquels ils devaient trancher.

Face à cette colère, l’administrateur provisoire, Jean Gaeremynck a tenté de justifier le déroulement de la procédure en arguant qu’elle répondait parfaitement aux statuts juridiques de Sciences Po et en vantant leur force, en ce qu’ils font reposer la prise de décision sur deux conseils aux fonctionnements différents et à la légitimité inégale.

Les 400 personnes présentes à cette assemblée générale ont adopté cinq résolutions à la majorité ou à l’unanimité : la tenue d’un débat public entre les candidats avant le vote des deux conseils, une mobilisation devant le CA de la FNSP afin qu’il ne se prononce pas avant la tenue de ce débat, la communication des dossiers des 32 candidats aux élus des conseils avec les annotations et appréciations du comité de recherche, la démission de Jean-Claude Casanova, et la réaffirmation de la prééminence et de la légitimité du Conseil de direction sur le Conseil d’administration. Enfin, par un sixième vote, l’assemblée générale a décidé de procéder à l’occupation de l’amphithéâtre Boutmy pour la nuit. Cette occupation avait pour but d’interpeller à la fois la direction et le ministère de l’enseignement supérieur sur la nécessité d’agir pour rendre cette procédure plus consensuelle.


Demander un débat démocratique dans les conseils

Suite au Conseil de direction de lundi, la Commission paritaire a voté l’ajout d’un point à l’ordre du jour du Conseil de direction suivant, portant sur l’organisation d’un débat public entre les candidats à la direction. Point que le Conseil de direction a rejeté, refusant ainsi le report de la procédure, malgré les tentatives des élus étudiants et de certains élus salariés et enseignants de convaincre les autres membres du conseil et l’administration de la nécessité de ce débat. Lors du Conseil de direction de jeudi, les trois candidats (MM. Blanquer, Mion et Wachtel) ont été auditionnés et se sont vus poser des questions sur leurs projets, notamment par les étudiants qui souhaitaient voir clairement où ils mèneraient l’IEP. Au moment du vote – censé n’être qu’indicatif – les élus de l’UNEF ont voté de manière à placer les deux candidats côte-à-côte, afin qu’aucun des deux ne se sente investi d’un blanc-seing pour mener les réformes de son choix à Sciences Po : les auditions n’étant pas publiques, aucune garantie n’a été donnée que les promesses des candidats soient tenues.

Les votes de vendredi se sont déroulés dans la plus grande agitation. Plus d’une centaine d’étudiants s’étaient rassemblés devant le 13 rue de l’Université afin de faire en sorte que le vote du CA n’arrive pas avant celui du CD et que les membres de ce conseil prennent en compte les revendications des étudiants. Le conseil d’administration avait été déplacé à la dernière minute à la Maison de la Chimie, à un quart d’heure de Sciences Po. Au bout de quelques minutes se sont les CRS qui les ont rejoint.

Suite au vote du CA les étudiants se sont empressés de rejoindre le 13 rue de l’université afin de convaincre les membres du Conseil de direction de ne pas entériner la procédure et de prendre le temps de voter en connaissance de tous les projets des candidats. Ce sont des portes closes et une dizaine de CRS qui attendaient ces étudiants. Quelle administration craint ses étudiants au point de refuser le débat et les revendications qu’ils portent?


Pourquoi une telle agitation?

La mobilisation n’était pas une fin en soi pour l’UNEF. Les étudiants mobilisés ne cherchaient ni un buzz médiatique, ni un arrêt total de la procédure. Ils demandaient un débat public entre les candidats, l’accès aux 32 projets pour les élus et la prédominance d’un conseil représentatif et légitime, le CD, sur un conseil composé à 80% de membres cooptés, le CA. Ces demandes sont portées depuis plusieurs mois par l’UNEF, en conseil et en réunion avec la direction, mais elles étaient souvent ignorées et dénigrées. L’assemblée générale, l’occupation de Boutmy et le rassemblement devant le CA de la FNSP sont devenus les seuls moyens à disposition des étudiants pour faire entendre leur voix et pour montrer que, bien qu’ils soient en 5e année, internationaux, doctorants ou sur le point de partir en 3A, ils s’intéressent à ce qu’il va advenir de Sciences Po. Plus encore, les étudiants ont montré que personne ne pouvait ignorer leurs demandes.

Le débat public que nous appelions de nos voeux n’était pas non plus une fin en soi. Il aurait permis d’avoir plus de prise concrète sur les projets des candidats. D’instaurer un dialogue entre les aspirants à la direction de Sciences Po et ceux avec qui ils auraient à discuter au quotidien, les étudiants, les enseignants et les salariés. Il s’agissait pour l’UNEF d’obtenir des engagements, sur les conditions d’études, sur la gouvernance de Sciences Po, mais aussi sur la place de l’IEP dans l’enseignement supérieur français. A toutes ces questions nous n’avons à ce jour aucune réponse.


Et maintenant ?

Aujourd’hui nous avons besoin d’engagements de la part du ministère et de la direction de Sciences Po. Nous rappelons à cette occasion les objectifs syndicaux de l’UNEF : nous voulons l’ouverture du chantier de la linéarisation des frais d’inscription, l’intégration des étudiants étrangers hors-UE au barème ainsi modifié, la prise en compte de critères d’indépendance financière dans ce mode de calcul, le renouvellement de la pédagogie, et surtout, une réforme de la gouvernance à Sciences Po. Les étudiants ne peuvent plus être écartés de la prise de décision. Ils doivent avoir une place dans le Conseil d’administration de la FNSP, ils doivent pouvoir s’exprimer dans le cadre du Conseil scientifique, conseil statutaire qui n’a jamais été réuni cette année, les étudiants des campus doivent avoir leur voix dans le cadre de Conseils de vie de campus qui n’existent à l’heure actuelle que dans trois campus. Les rôles de la Commission paritaire, du Conseil de direction, et de leurs élus, doivent enfin être respectés et revalorisés.

Il est temps que le nouveau directeur s’exprime sur la question du Conseil d’administration de la FNSP et qu’il se prononce sur une réforme urgente de ses statuts. Nous rappelons par ailleurs à Jean Gaeremynck notre volonté d’être associés à la rédaction de sa note sur le sujet en direction de la ministre. Il parait essentiel à nos yeux que les étudiants, enseignants et salariés soient intégrés à cette réflexion.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *