Démocratisation des procédures d’admission

A Sciences Po, les enfants d’employés sont 6 fois moins représentés qu’à l’université, et les enfants d’ouvriers 12 fois moins. Une série d’enquêtes de Vincent Tiberj, du CEVIPOF, a mis en valeur, il y a quelques années, la discrimination sociale qui s’opère à l’entrée de notre IEP, notamment par le biais du concours d’entrée. Les enfants issus des catégories défavorisés sont moins fréquemment candidats au concours, pour de multiples raisons (déficit d’information, autocensure, notamment du fait du coût du concours et de la nécessité de se déplacer à Paris pour le passer).  Mais lorsqu’ils le passent, ils ont des chances moindres de le réussir! Ainsi, toujours selon Vincent Tiberj, un fils de cadres ou de professions intellectuelles supérieures a environ 2 fois plus de chances d’être reçu au concours qu’un enfant d’employé, et 4,5 fois plus de chances qu’un fils d’ouvrier.

La conséquence, c’est que Sciences Po, loin de jouer un rôle d’ascenseur social, se pose en temple de la reproduction sociale, ce que nous ne pouvons pas accepter. A l’UNEF, nous pensons que ce sont le mérite et les qualités intellectuelles de l’étudiant qui doivent décider de sa réussite au concours, non son origine sociale.

A ceux qui agitent le fantôme d’une soi-disant baisse de niveau/dévalorisation du concours et du diplôme en cas de plus grande démocratisation du recrutement, nous répondrons d’une part que c’est avant tous le taux de sélection qui fait la difficulté d’un concours, et que d’autre part la qualité et la valeur de notre diplôme tiennent a l’excellence du contenu de notre formation, pas aux modalités de sélection. Les recruteurs le savent, eux qui considèrent les étudiants issus du recrutement ZEP comme des diplômés de Sciences Po comme les autres.

Les conventions ZEP étaient, en ce sens, une réforme positive, bien qu’insuffisante. Nous soutenons l’extension des conventions d’éducation prioritaires au plus grand nombre de lycées ZEP possible, mais ne nous satisfaisons pas des changements relativement marginaux qu’apporte ce dispositif. Pour nous, c’est la réforme du concours qui doit permettre de changer en profondeur la composition sociale de notre IEP.

Il y a quelques années, nous avons obtenu que le concours aie lieu en juillet plutôt qu’en septembre (réforme en cours d’application), afin de couper l’herbe sous le pieds au système des prépas d’été, fortement discriminant socialement puisque très coûteux. Aujourd’hui, nous continuons à proposer une réforme du concours d’entrée:

  • gratuité pour tous
  • centres d’examen en province et dans les DOM-TOM
  • réforme des épreuves, pour donner plus de place aux qualités intellectuelles de l’étudiant (réflexion personnelle, esprit critique, esprit de synthèse…)  qu’à des compétences formelles socialement discriminantes (« name-dropping », bachotage, importance excessive accordée à la forme au détriment du fond).
  • Que la sélection sur dossier prenne plus en compte la personnalité propre du candidat, par la valorisation d’engagements associatifs, de projets personnels, de profils singuliers…

Le développement d’autres formes d’admission nous semble également une piste intéressante à explorer. En effet, à l’heure actuelle, les étudiants recrutés sur dossier viennent globalement de milieux sociaux plus modestes et réussissent leurs études avec, en moyenne, un point de plus que les autres étudiants., une indication de plus que  la démocratisation sociale de l’IEP, loin d’amener cette fameuse “baisse de niveau” tant redoutée, ajoute en réalité à l’excellence de notre formation. Ce constat nous a amené à développer les propositions suivantes:

  • Inclure une nouvelle procédure d’admission tournée vers les profils atypiques aux qualités non purement scolaires (n’ayant pas obtenu la mention MTB par exemple tout en présentant des compétences particulièrement intéressantes) et/ou n’ayant pas les moyens de se payer une préparation à Sciences Po. Pour ces étudiants, nous imaginons une étape d’admissibilité basée sur la prise en compte des dossiers scolaires, suivie d’un oral de sélection.
  • Introduire une sélection en 2 étapes (admissibilité/ admission). Ainsi les effets du ratio candidat/admis seront minorés (réduction des biais sociaux). Par exemple, l’introduction d’un oral après le concours, option considérée par la direction,  nous paraîtrait opportune sous certaines conditions (transparence des critères de sélection).

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