Les mensonges de Sciences Po

Le plan Sciences Po 2013 présente une vision paradisiaque du futur de l’IEP. De nombreuses revendications des étudiants, amenées pour la plupart par l’UNEF depuis des années, sur les conditions de travail de l’ensemble des usagers de Sciences Po (professeurs, enseignants-chercheurs, étudiants, employés) ont été reprises dans ce projet: le recrutement d’enseignants-chercheurs pour dédoubler les amphis, augmenter le nombre de boursiers, acquisition de nouveaux locaux, campus écologiquement responsable… Ces promesses enthousiasmantes ne sauraient chacher un argumentaire fallacieux et le manque d’engagement concret de la direction, qui, sur l’écrasante majorité des sujets, évite de trop s’avancer et noie le poisson dans une langue de bois des plus savoureuses !

Une réforme rendue inévitable par la concurrence internationale?

Pour la direction, une telle réforme serait rendue inévitable par la concurrence internationale, qui classerait un Sciences Po menacé de déclin en mauvaise place dans la hiérarchie mondiale…On croyait pourtant Sciences Po en passe de devenir le Harvard Européen?! Les arguments de la direction sont fort variables en fonction du public auquel elle s’adresse et des projets au’elle défend, mais il faut tout de même constater que Sciences Po est une université de renommée internationale qui offre des conditions excellentes par rapport au reste de l’enseignement supérieur français. En tout état de cause, nous devons nous élever contre l’idée selon laquelle les frais d’inscription sont l’outil idéal, voire le seul outil, de la compétitivité internationale de Sciences Po. Selon cette logique, le « prix » d’un diplôme est censé refléter sa « valeur » sur le « marché mondial de l’éducation ». A l’UNEF, nous pensons que la valeur d’un diplôme dépend principalement de son contenu et de la qualité des enseignements qui y sont dispensés: tout cela ne se règle pas avec de l’argent!

Un plan cultivant le flou artistique sur les promesses faites aux étudiants

Aucune proposition concernant le problème de la restauration étudiante

« augmentation significative des possibilités de restauration offertes aux élèves » (p.4)

Depuis des années, les étudiants et leurs représentants déplorent le manque de variété des possibilités de restauration. Or, toutes les solutions avancées ont été ignorées ou repoussées par la direction. Il est impossible, pour des raisons légales et sanitaires, d’installer des micro-ondes dans les cafétérias. Le CROUS n’a toujours pas étudié sérieusement la possibilité d’installer un petit restaurant universitaire servant des plats chauds livrés depuis les CROUS environnants au 13, rue de l’Université. Le projet « C-A-F-é-S » porté par l’association P-A-V-é-S a été repoussé jusqu’à ce que les étudiants se découragent. Alors, quelles avancées ? Quelles nouvelles propositions ? En l’absence de tout élément concret et nouveau sur le dossier, cette annonce n’est que de la poudre aux yeux : elle ne sera suivie d’aucun effet.

Aucun élément concret concernant les salles de repos

« réflexion sur la création d’un espace dédié aux élèves et intégrant une salle de musique et des espaces de repos » (p.4)

La salle de repos existait: elle n’était pas utilisée car il fallait se la faire ouvrir. Le Conseil de Direction a refusé l’existence d’un dortoir avec des litsm craignants qu’il ne s’y passe quelque chose (sic!). Mais le vrai problème est encore ici le cruel (et chronique) manque de place pour une telle installation. Tant qu’aucune réflexion concrète ne sera menée sur ce problème, le dossier restera dans l’impasse. La direction prend d’ailleurs cette « réflexion » tellement au sérieux qu’elle promet d’installer la salle de repos et une salle de musique dans le même espace (c’est bien connu, on ne se repose jamais mieux que quand quelqu’un joue de la trompette dans la salle d’à côté!)

Un plan qui ressert aux étudiants des engagements déjà pris

Sur la maison de Sciences Po à la Cité Internationale

« Sciences Po (…) n’abandonne pas son projet de construction

d’une maison de Sciences Po à la Cité Internationale Universitaire de Paris » (p.4).

Promise pour la première fois lors de la première réforme en Mai 2003, cette maison n’a toujours pas vu l’ombre d’un coup de pelle ou de pioche. Le dossier est, en fait, bloqué depuis plusieurs années car les trois acteurs (Sciences Po, Cité Internationale et Mairie de Paris), ne sont d’accord sur rien : ni sur le financement, ni sur les finalités du projet. En outre, la Mairie de Paris préfère pour l’instant financer des logements pour tous les étudiants, plutôt qu’un coûteux ghetto Sciences Po. La Maison ne sera donc probablement jamais construite. Mais au-delà de ce simple « détail technique », il y a également, et pour le coup vraiment, tromperie sur la marchandise. La Maison n’accueillera pas un seul étudiant aujourd’hui à Sciences Po, elle n’a pas non plus de vocation sociale : les prix envisagés (570 € pour une chambre, chiffres de la Commission Paritaire en 2005) sont ceux du marché, et l’offre est orientée vers les étudiants étrangers, principalement ceux des campus américains qui ne veulent pas devoir chercher de logements en ville. Pour les autres étudiants, des chambres sont d’ores et déjà disponibles dans d’autres bâtiments de la Cité Internationale, notamment le bâtiment André Honnorat, à prix modiques et sur critères sociaux.

Sur l’équipement en prises informatiques

« équipement des amphitéâtres et des salles de conférence em prises réseau et électricité » (p.4)

Encore un serpent de mer ! Non seulement, cet équipement avait été promis, il était même prévu lors de la rénovation des amphithéâtres en 2006. Pourquoi n’a-t-il pas été réalisé ? La direction a annulé les projets de prises réseaux pour préférer le WiFi, et a, de son propre aveu… oublié que certains étudiants avaient néanmoins besoin d’une prise électrique ! Depuis ? Rien.

Le mensonge des places en bibliothèque

« places supplémentaires en bibliothèque au 27, rue Saint Guillaume pour atteindre

un ratio de places de consultation conforme aux standards internationaux » (p.4).

Il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes. La bibliothèque André Siegfried comporte 560 places de lecture pour 7 500 étudiants. La bibliothèque de la London School of Economics en a 1740 pour 7 800 étudiants. Soit un ratio de 0,07 places par étudiant à Sciences Po contre 0,22 à la LSE. Ou, autrement dit : pour atteindre le même ratio, il faudrait une bibliothèque de près de 1000 places au 27. On attend de voir.

Au delà des mensonges, des orientations pour le moins contestables

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La politique de recherche caricaturée

Dans un premier temps, la triste méprise sur l’intérêt de la recherche. En effet, « recherche de pointe » ou « de frontière » (p.3), ça ne veut pas dire grand-chose. La recherche de pointe, c’est en effet celle qui défriche des espaces inconnus, c’est de l’exploration, et c’est absolument nécessaire à faire avancer la connaissance scientifique. Pour autant, une politique de recherche qui s’y arrêterait négligerait une partie de ce qui fait l’intérêt de la démarche scientifique, et qui ne s’arrête pas au défrichage, mais qui analyse, détaille, catalogue, puis met en culture et fait croître. Faire uniquement de la recherche de pointe, c’est courir après la « découverte sensationnelle », c’est chercher uniquement à faire la Une des journaux et mépriser le travail méticuleux d’analyse et de consolidation qui transforme les intuitions en certitudes partagées par la communauté scientifique. Espérons que cette phrase reflète un écart de langage plutôt qu’une véritable orientation de recherche.

Le continent africain méprisé

En annonçant un premier cycle « dédié à l’Afrique et aux questions de développement » (p.7), Sciences Po ravale tout un continent, berceau de l’Humanité, riche d’une variété de cultures et de civilisations, à un simple objectif de développement. L’Afrique ne vaudrait-elle le coup d’être étudiée que pour ce que nous pouvons en faire, et jamais pour ce qu’elle est, ce qu’elle a été, et ce qu’elle pourrait devenir par elle-même ?

Inconsciemment sans doute, cet intitulé, ces priorités, fleurent bon le fardeau de l’Homme blanc, et rappellent le scandaleux discours de notre regrettable Président de la République à Dakar, au cours duquel il exhortait l’ « homme noir » à « entrer dans l’Histoire ».

Les étudiants handicapés stigmatisés

Prétextant d’une logique de diversité, Sciences Po annonce dans ce document vouloir « multiplier par quatre le nombre d’élèves handicapés accueillis à Sciences Po », et fixe même le quota de « 100 élèves handicapés à l’horizon 2013 ».

Les étudiants handicapés n’ont pas besoin de politiques d’affichage, ils n’ont pas besoin de discrimination positive, ils n’ont pas besoin de communiqués de presse, ils ont seulement besoin des aménagements qui leur rendront les cours accessibles. Ils n’ont certainement besoin de la pitié de personne.

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