Questions pédagogiques

Face à la vision souvent infantilisante de l’enseignement défendue par l’administration, nous nous battons pour une pédagogie renouvelée, innovante et diversifiée, qui laisse aux étudiants l’autonomie nécessaire pour devenir les acteurs principaux de leur scolarité.

Pour cela, nous défendons le développement d’autres méthodes de travail, davantage axées sur la réflexion, la lecture et la recherche, avec des exercices systématiquement adaptées à la matière (l’exposé et la fiche technique ne doivent pas être l’alpha et l’oméga de la pédagogie à Sciences Po !). Il faut sortir de l’ère de la leçon apprise par cœur et rendre de l’ambition à notre modèle pédagogique.  C’est cette conviction fondamentale qui guide notre action sur les questions pédagogiques, de la politique des langues aux conditions d’examen.

  • L’architecture des cours et les méthodes d’apprentissage

Les méthodes pédagogiques que nous connaissons doivent être modernisées et adaptées à l’ambition qui est celle de Sciences-Po.

Nous pensons qu’il faut favoriser des cours plus courts (1h30), en petits groupes pour davantage d’interaction, et organiser l’enseignement selon un système à 3 étages : cours magistral, conférence de méthode, séminaire (retrouvez ici notre dossier sur la question). Cette nouvelle architecture de l’enseignement permettrait de développer d’autres méthodes de travail basées sur les recueils de textes, la lecture en général (oeuvres complètes…), les  études de cas, revues de presse, débats, exercices de problématisation.

En effet, les éternelles fiches techniques ont montré leurs limites (recopiage, bachotage…), de même que les exposés (qui restent bien souvent un moment d’évaluation d’un seul étudiant plutôt que d’écoute et d’apprentissage pour toute la classe); ils ne doivent être utilisés que lorsqu’ils sont particulièrement utiles (notamment pour préparer des concours). En outre, il nous semble nécessaire de les mutualiser (les meilleures fiches, corrigées par les professeurs, pourraient être mises à disposition de tous les étudiants sur internet). Une telle Mutuelle des Fiches Techniques aurait plusieurs mérites :  inciter les professeurs à renouveler leurs sujets, permettre l’égalité de tous au moment des révisions, et enfin axer l’évaluation des étudiants davantage sur l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle (la simple recherche d’informations étant moins valorisée).

Le e-learning pourrait constituer un outil formidable au service de cette dynamique d’autonomisation intellectuelle des étudiants. Par exemple, ouvrir à tous les étudiants l’accès à l’ensemble des cours en ligne  (pas seulement ceux de leur matière ou de leur année), permettrait d’ouvrir des perspectives sur des matières complémentaires aux leurs et de valoriser une démarche active face au savoir. En revanche, nous nous sommes opposés au remplacement progressif des cours en présentiel par le e-learning orchestré par l’administration à la rentrée dernière.  Nous avons mené campagne, avec succès, pour l’utilisation du e-learning comme complément des cours en amphi, et non pour remplacer ceux-ci. Pour assurer dans les faits une place en amphi à chaque étudiant, nous avons obtenu le dédoublement des plus gros amphis (notamment celui d’économie en 1er cycle).

Des opportunités pour rénover les pratiques pédagogiques de Sciences Po ont également été ouvertes par la réforme du premier cycle liée à la mise en place du « Bachelor ». L’UNEF militait depuis longtemps pour la mise en place d’un tel diplôme à Bac +3, sans lequel certains stages sont inaccessibles, et qui permet de valoriser le 1er cycle de l’IEP ainsi que d’améliorer la mobilité des étudiants (passerelles facilitées avec le monde universitaire). Nous sommes donc -à l’heure actuelle- satisfaits des contours pris par cette réforme, qui s’accompagne d’importantes modifications des enseignements du premier cycle, parmi lesquelles la création d’un « semestre d’été » qui serait mis à profit pour développer des méthodes de travail et des contenus différents (module d’initiation à la recherche…).

  • Les langues

La politique d’enseignement des langues à Sciences Po est depuis des années un cheval de bataille de l’UNEF. Si nous ne contestons pas la nécessité d’amener l’ensemble des étudiants à un niveau d’anglais courant avant leur diplomation, nous estimons que cela ne doit pas être un prétexte à restreindre les opportunités d’étudier d’autres langues. Limiter l’accès à la LV2 est un appauvrissement intellectuel et culturel inquiétant, loin des ambitions internationales de notre établissement. En outre, nous défendons depuis de longues années une rénovation profonde de la pédagogie dans les cours de langues. Nous avons mené de nombreuses campagnes sur la question, obtenant à chaque fois un écho plus que massif parmi le corps étudiant.

Ce n’est que l’an dernier que la direction s’est finalement saisie de la question et a proposé une réforme intégrale de la politique des langues. Dans ses grandes lignes, la réforme prévoit  une diminution du temps en présentiel (en cours avec le professeur de 2h à 1h, parallèlement à une diminution du nombre d’étudiants pas groupe. La méthode d’enseignement doit changer: le professeur était relégué au rôle de « coach », en retrait de la discussion, donnant aux étudiants des « prescriptions » (points à travailler par chaque étudiant au laboratoire de langues). En contrepartie, le laboratoire de langues sera développé et le nombre d’heures de tutorat fortement augmenté. Enfin, le système des niveaux de langues (de 1 à 5) sera remplacé par un fonctionnement plus souple, où la seule obligation des étudiants serait d’obtenir un certificat de niveau C1 en anglais (100 au TOEFL).

Au moment de négocier cette réforme, nous avons obtenu des garanties importantes sur l’extension du laboratoire de langues, le caractère gratuit de la certification et le maintien de cours en présentiels. Néanmoins, des inquiétudes importantes demeurent:  une partie importante de l’enseignement reposera sur les logiciels que l’on pourra utiliser, autrement dit, moins de présentiel pour plus de elearning. Le coaching se ferait au détriment des cours de civilisation ou de débats, et au profit du bachotage de la grammaire et de l’orthographe. Cette tendance sera renforcée par l’obligation de résultat, qui risque de privilégier le « bachotage » pour la certification, aux véritables progrès. Tout cela sans compter que cette réforme ne donne toujours pas accès à la LV2, ce qui augmenterait pourtant fortement la qualité du diplôme. Pour toutes ces raisons nous avons mené campagne pour obtenir des garanties plus importantes sur la question.

  • Les examens

Les examens ne doivent pas fonctionner comme un couperet arbitraire déstabilisateur,  mais au contraire constituer un outil pédagogique permettant aux étudiants de tester leur degré de compréhension et d’assimilation de leurs cours, de repérer leurs lacunes, d’apprendre de leurs erreurs. Il est pour cela nécessaire qu’ils se déroulent sereinement dans des conditions optimales, et livrent des résultats justes et acceptables par tous.

C’est pour cette raison que l’UNEF se bat depuis des années pour obtenir une amélioration des conditions d’examen, afin de rattraper a minima le standard des normes universitaires en la matière. Les négociations autour de la rédaction du Règlement de Scolarité, en 2007, nous avaient permis de codifier les droits étudiants existants (donc de limiter l’arbitraire des surveillants de salle et professeurs pendant les examens), mais surtout d’obtenir un certain nombre d’avancées (calendrier des examens en ligne dès le début du semestre, limitation du poids de la note d’oral dans la note de conférence, etc). L’an dernier, nous avons obtenu une semaine de révision avant les examens. Mais de nombreux progrès restent à faire : systématisation des rattrapages, double correction des copies inférieures à la moyenne.

  • La recherche

Eléments clefs de la politique de recherche de Sciences Po, le master recherche et le doctorat ont fait l’objet d’un remodelage particulier l’an dernier. La réforme consiste en une transformation du master recherche et du doctorat de Sciences Po, qui prévoit de les fusionner en un parcours doctoral (PhD) à l’américaine. Ce diplôme serait alors de 5 ans (l’équivalent des deux ans de master + 3 ans de thèse). Le premier danger se pose de manière immédiate : un tel PhD suppose un engagement pour 5 ans. De plus, la durée de la thèse, limitée de manière presque exclusive (là aussi des dérogations ne seront attribuées qu’à titre exceptionnel) à 3 ans, apparaît très courte ; en particulier lorsqu’on sait que la durée moyenne de thèse était de 6,8 ans cette année. De manière générale, Sciences po soulignerait de nouveau son cloisonnement trop grand par rapport au système universitaire et de recherche français, de par son statut hybride entre les doctorats délivrés par les facultés et les PhD à l’américaine. Difficulté qui déconnecterait les doctorants de l’IEP du monde universitaire et poserait de nouveau un problème pour l’insertion professionelle de ces derniers, l’université étant le débouché naturel des jeunes docteurs de Sciences Po. Néanmoins, le principal problème de la réforme sera la mise en place de la sélection à l’entrée dans ce PhD. Les étudiants en 3A  ont eu la bonne surprise de découvrir la procédure de « recrutement » désormais mise en place à l’entrée de l’école doctorale :lettre de motivation, notes des années précédentes, CV et même des lettres de recommandation ! Cette sélection s’effectue sur la base des seuls résultats disponibles, ceux de 1er cycle, a priori peu évocateurs de la capacité des étudiants à être de bons chercheurs. L’objectif affiché par la direction est clair : diminuer par deux les effectifs de l’Ecole Doctorale. La direction nous dit s’inquiéter des débouchés des doctorants en limitant leurs effectifs. Mais ne relève-t-il pas de la responsabilité de Sciences Po d’embaucher des enseignants chercheurs ? L’IEP se résignerait-il à affaiblir sa recherche de manière conséquente?

Si notre mobilisation sur la question nous a permis d’obtenir quelques garanties (notamment la non rétroactivité de la « règle des trois ans »), cette nouvelle architecture du cursus recherche reste inacceptable et témoigne du peu de cas qui est fait, dans notre établissement, de la recherche et de l’initiation à la recherche.

  • Orientation et insertion pro

A l’UNEF, nous pensons que les cursus de Sciences Po doivent être construit dans une optique d’insertion professionnelle durable. En effet, l’époque des parcours professionnels linéaires est finie. L’immense majorité des étudiants sortant de l’IEP seront amenés à exercer plusieurs postes différents, souvent dans des secteurs, voir des professions différentes. Préparer les étudiants à affronter un marché du travail flexible, instable, aux évolutions toujours plus rapides suppose de mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux, pluridisciplinaires, généralistes, et la capacité d’adaptation des étudiants, plutôt que sur des sur-spécialisations trop pointues qui ne répondraient qu’aux besoins observés à très court terme sur le marché du travail. C’est pour cette raison que l’équilibre actuel du cursus à l’IEP, notamment le maintien de troncs communs solides en Masters,  nous semble devoir être sauvegardé.

C’est également pour cette raison que la volonté affichée par la direction de l’IEP d’adapter en permanence nos cursus aux diktats de court terme du marché du travail ne nous semble pas une stratégie pertinente. Nous nous sommes par exemple opposés en 2007 à la disparition du Master MCM, qui relevait purement de cette logique de débouchés immédiats, tout comme les velléités d’instauration d’une sélection à l’entrée de certains Masters.

Cette sélection des étudiants issus du 1er cycle à l’entrée en Master s’est insidieusement généralisée ces dernières années : « entretiens d’orientation » (officiellement non sélectifs, mais qui servent souvent à décourager les étudiants, sans pour autant, par leur durée et leur fonctionnement, leur permettre de mûrir ou d’affiner leur projet professionnel), multiplication de doubles-diplômes sélectifs et très chers, tendance progressive à la transformation des Masters en Ecoles souvent sélectives (Ecole de Journalisme, Ecole de la Communication, Ecole de Droit…). A l’UNEF, nous pensons qu’une telle sélection est infondée et inefficace. En revanche, il est plus que jamais nécessaire de mettre en place de vrais dispositifs d’orientation (création d’un Centre d’Orientation), pour aider les étudiants à choisir leurs cours et leur Master plus facilement, à construire leur projet professionnel plus en amont et à tirer meilleur parti des opportunités de stage qui leurs sont données.

Une réflexion au sujet de « Questions pédagogiques »

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